watchatinkParce qu’un mouvement musical, ce n’est pas seulement les artistes mais aussi les gens qui l’écoutent, French Soul Is Not Dead présente régulièrement l’avis d’un auditeur sur la Soul et le R&B à la française. Histoire d’abattre deux trois clichés sur le profil des fans du style, voir connaître le ressenti de ses détracteurs….Cette semaine, Danny G, 28 ans, flûtiste, guitariste et chanteur neo soul irlandais établi à Dublin, répond à mes questions. Read this post in english here

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Quel est ton métier? Je travaille pour Google. Cela me permet de payer mes factures et le loyers, mais surtout cela me permet de poursuivre mes ambitions musicales en étant plus libre d’un point de vue creatif. Le fait de ne pas dépendre financièrement de la musique me libère de beaucoup de concessions (bien que gagner un jour ma vie en tant qu’artiste serait super!)

Que représente la musique pour toi? À quelle occasion en écoutes tu? La musique est toute ma vie. Je men sert pour gérer mes émotions. Lorsque je suis déprimé, elle agit comme un ami compatissant. Lorsque je suis heureux, elle me permet de canaliser mon énergie positive. Parfois, elle me permets juste de décompresser. Écrire des textes sur ses expériences personnelles et les chanter a vraiment une vertu thérapeutique. Mais parfois, la musique est aussi sexy, électrisante, excitante. C’est vrai aussi bien que je suis simple auditeur que lorsque je joue. La beauté du live, c’est ce court moment ou l’artiste se connectent, et partagent une expérience mutuellement enrichissante, et finalement « primitive » en ce sens qu’elle remonte aussi loin que la voix humaine a existé. Selon moi, une bonne chanson, c’est comme un miroir qui nous force à regarder en nous même, et à la façon dont on interagit avec les autres.

Achètes tu des cds ou utilises tu les sites de streaming? J’achète des vinyls! J’adore le rituel de la chasse à la rareté chez les disquaires, j’aime avoir un album physique entre les main et l’écouter dans des conditions aussi proches possibles de celle que l’artiste souhaite, c’est à dire en meilleure qualité que du mp3. Si je suis à un concert, et que j’apprécie la musique, j’achèterai le CD si c’est le seul support vendu. Mais je n’ai même plus de lecteur CD. Au travail, je vais souvent sur Spotify, Bandcamp ou Soundcloud. Ces sites sont très intéressants pour découvrir de nouveaux artistes. Cependant, je ne suis pas certain de l’impact de l’avènement du streaming sur les artistes. C’est un peu à double tranchant. D’un côté ces médias rendent la musique accessible partout dans le monde, mais d’autre part les royalties que les artistes reçoivent sont ridiculement faibles.

Peux tu nous parler de ton album, et de tes projets musicaux en général?  Mon premier album, Love Joints, est sorti l’année dernière. Les chansons qu’ils contient sont le reflet des diverses émotions que j’ai ressenties après plusieurs relations amoureuses difficiles : l’espoir, la joie, la colère, la jalousie, le regret et la déception. Je faisais les choeurs pour un groupe de funk, Mob Fandango, qui a progressivement arrêté de jouer. En attendant, j’avais plein d’idées de chansons en tête que j’avais besoin de concrétisé. Du coup, j’ai demandé à mes musicians et choristes favoris du groupe s’ils voulaient bien jouer avec moi, et cela a été le début des Major 7ths (pour les non initiés, jeu de mot sur un type d’accord). Notre son est souvent qualifié de vintage, car nous enregistrons de vrais instruments et que les harmonies des choeurs on un coté année 60. Mais nous ajoutons tout de même un touche de modernité, influencée par la nu soul des années 2000. Vocalement, je suis très inspiré par  Marvin Gaye et D’Angelo. Mon écriture est influencée par les groupes folk/rock tels que CSN et les Beatles et j’aime aussi beaucoup la musique folklorique irlandaise, que j’ai beaucoup jouée dans mon adolescence. Pas mal de mélanges donc 🙂 !

Quel est ton processus de création musical? Ma façon de créer change à chaque fois, il faut juste que je sois suffisamment « chanceux » pour « attraper » un chanson. Parfois, la mélodie va naître et rester dans ma tête pendant plusieurs jours jusqu’à ce que je parvienne à mettre un texte dessus. D’autre fois, je teste, je jette et je recommence. La plupart du temps je chantonne les mélodies sur mon téléphone si je ne suis pas chez moi, et ensuite j’écris une fois rentré, avec ma guitare. Souvent, mon manque de confiance en moi est mon pire ennemi et peut m’empêcher d’avancer. Mais si la chanson me donne en vie de bouger la tête, en général c’est bon signe :).

Ci dessous Be With You, extrait de Love Joints:

Comment est la scène soul à Dublin? La scène live à Dublin est très riche. La plupart des soirs de semaine, on peut sortie écouter de la bonne musique, que ce soit de la folk, du jazz, du hip hop, ou de la musique traditionnelle irlandaise. La scène soul se fait plus discrète, car peut de groupe sont spécialisés dedans. Cela se fait souvent de programmer des groupes de reprise soul pour des évènements, mais les compositions originales d’artistes émergents on peut d’attrait. La plupart des groupes jouent du rock indé, ce qui est normal étant donné les playlists des grandes radios. Il y a peu ou pas de soutien en Irlande pour les autres styles de musique, surtout pas pour la soul. Ce genre est considéré comme trop « commercial » par les mécènes, et trop « alternatif » pour être vraiment populaire. Malgré ces challenges, je pense que les choses évoluent doucement dans le bon sens. Grâce à internet, le public se fait son éducation tout seul, et est plus à même d’accepter et d’apprécier d’autres styles musicaux.

Quelles sont les principales difficultés que tu rencontre en tant qu’artiste indépendant? L’argent et et le temps, comme la plupart des artistes qui ne sont pas des superstars. Les gens ont besoin de musique. Mais pour en faire, il faut enregistrer, imprimer, faire de la promo, faire des concerts, et tout cela n’est pas gratuit. Notre culture ne rétribue pas l’art comme il se devrait, mais il s’agit là d’une problème de société qui dépasse le cadre de la musique. Cependant, je ne suis pas à plaindre. J’ai eu la chance de jouer et d’enregistrer avec des musiciens donnent de leur personne pour façonner le son du groupe, et j’ai aussi la chance d’avoir une femme très compréhensive qui m’aide à me concentrer et à travailler. À court terme, tout change. Les gens n’achètent plus de musique. Mais je pense au long terme: je crois que si tu crées de la musique pour la musique elle même et non pour faire de l’argent, la valeur de tes chansons va finir par se révéler, d’une manière ou d’une autre.

Que penses tu de la scène soul française? La majorité des titres que j’ai entendus récemment, j else ai découverts sur ce blog, French Soul Is Not Dead, et je veux te dire merci, continues. C’est apprécié dans les pays étrangers! Peut être que ce n’est pas complètement soul, mais j’aime beaucoup Camille (« Le Sac des Filles« , « Je ne suis pas ta chose« ). Je trouve qu’elle apporte vraiment de belles mélodies. Mon père écoutait du Yves Montand, c’est ancien, mais parfois les vieux crus sont les meilleurs! J’ai eu aussi l’occasion d’écouter des artistes comme Freddy, Les Nubians et Ben l’Oncle Soul. Le Français est une belle langue, et je trouve qu’elle colle bien au style soul. On n’a pas besoin de comprendre le texte d’une chanson pour la comprendre. C’est la beauté de la musique! J’aimerais bien collaborer avec un chanteur français un jour (en français!)

Le son de Danny: Haïlé Dasta – 38914 CALL

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